Quand Washington Défendait son Champion des Palmiers à Huile au Cameroun

August 30, 2016
Source
Jeune Afrique

Par Benjamin Polle

Plusieurs câbles diplomatiques datés de 2013 du département d'État américain, obtenus par le groupe de recherche américain Oakland Institute, montrent les rouages de la diplomatie économique de Washington, venue à la rescousse d'Herakles Farms, dont les activités d'exploitation de palmiers à huile dans le sud-ouest du Cameroun ont suscité des polémiques.

Quel appui a apporté l’administration américaine au groupe agro-industriel Herakles Farms pour que son projet d’exploitation de plusieurs milliers d’hectares de palmiers à huile puisse se poursuivre dans le sud-ouest du Cameroun, malgré les levées de boucliers qu’il a suscitées ?

C’est ce que le groupe de recherche américain Oakland Institute a tenté de déchiffrer en consultant une série de câbles du département d’État américain obtenus auprès des autorités de Washington, et dont des extraits sont repris dans un rapport rendu public mardi 30 août.

Trois rencontres fin mai 2013

Ces câbles relatent trois rencontres tenues fin mai 2013 entre Cynthia Akuetteh, l’ancienne sous-secrétaire d’État aux affaires africaines — aujourd’hui ambassadrice des États-Unis au Gabon et à São Tomé-et-Príncipe —, et plusieurs membres de l’exécutif camerounais.

Ces rencontres sont intervenues dans la foulée d’un rapport d’avril 2013 du ministère des Forêts camerounais questionnant les méthodes « d’intimidation et de corruption » de Herakles Farms, détentrice depuis 2009 d’une convention pour l’exploitation de 73 086 hectares pour la culture de palmiers à huile pour une durée de 99 ans dans le sud-ouest du Cameroun.

Le même ministère des Forêts camerounais, qu’occupe depuis 2011 Ngole Philip Ngwese, décidait le 10 mai, selon la date évoquée dans les câbles obtenus par l’Oakland Institute, de suspendre les activités d’Herakles, parlant d' »atteintes à la réglementation forestière et des revendications récurrentes des populations riveraines », qui avaient manifesté à plusieurs reprises leur opposition au projet. Le ministre des Forêts camerounais a levé cette suspension le 29 mai, sans donner d’explication, rapportait alors l’AFP.