Cameroun: "Corruption" Lors de l'Acquisition de Terres pour un Projet Américain (Rapport)

April 30, 2013
Source
Les Echos

Un rapport issu du ministère des forêts camerounais et consulté par l'AFP mardi reproche à la société américaine Heraklès Farms des méthodes "d'intimidation et de corruption" pour acquérir des terres pour la culture du palmier à huile dans le sud-ouest du Cameroun
Selon le rapport, la négociation de terres par la filiale camerounaise d'Herakles Farms, la SG Sustainables Oils Cameroon Ltd (SGSOC) "se fait avec beaucoup d'intimidations et de corruption, ciblant les chefs et certains décideurs (locaux) influents". 

La compagnie américaine se sert souvent "de bières, de whisky, des sacs de riz et de vaches", pour que les collectivités entrent vite en négociation avec elle et la stratégie "fonctionne" puisque "des milliers d'hectares de terres" ont déjà été cédés, souligne le document. 

Les auteurs de ce rapport disent s'être rendus dans 20 villages du sud ouest au mois de février et affirment que "les collectivités locales ne sont pas prêtes ou pas informées (de ce) dans quoi elles s'embarquent". 

En 2009, le gouvernement camerounais a signé avec Herakles Farms une convention de base lui donnant un accord de principe pour une concession de plus de 73.000 hectares dans le Sud-ouest pour la culture du palmier à huile. 

Selon le secrétaire général du Centre pour l'environnement et le développement (CED) Samuel Nguiffo toutefois, aucun contrat de bail "n'a jamais été signé".

"La présence de la compagnie (qui a déjà créé des pépinières et abattu des arbres pour mener ses activités) sur le lieu est illégale. Cette procédure d'acquisition des terres auprès des communautés n'est pas prévue par la loi camerounaise. Elle est illégale", souligne M. Nguiffo.

"Au gouvernement camerounais, il y a des gens qui ont obtenu des pots-de-vin" pour faciliter la signature de la convention de 2009, accuse sous anonymat un responsable de l'ambassade américaine à Yaoundé. 

"Les négociations foncières doivent être arrêtées" pour éviter "de potentiels conflits sur l'utilisation des terres", suggère pour sa part le rapport du ministère.

Début septembre, l'institut Oakland avait déjà demandé l'arrêt du projet redoutant notamment "la mise en péril d'écosystèmes uniques".