Bolloré et Fabri Accusés de Museler des Opposants à Leurs Projets d'Huile de Palme en Sierra Leone

June 4, 2013
Source
Ecofin

(Agence Ecofin) - Douze ONG actives dans le domaine de la lutte contre l’accaparement des terres agricoles dans les pays en développement ont accusé, le 3 juin, l'entrepreneur français Vincent Bolloré et l’homme d'affaires belge Hubert Fabri de «recourir à l'intimidation pour museler l’opposition à leurs projets» d’huile de palme en Sierra Leone.

Ces ONG parmi lesquels figurent Oakland Institute (USA), Foi & Justice (Cameroun), Grain (international) et SWISSAID (Suisse) précisent, dans un communiqué, que la société financière des caoutchoucs (Socfin), détenue par les deux magnats européens, vient de lancer des poursuites judiciaires contre  une ONG sierra-léonaise, Green Scenery, pour les rapports qu’elle a publiés sur les activités de la société. En mai 2011, Green Scenery a publié un rapport sur le projet de plantation de palmiers à huile de la Socfin Agricultural Company Sierra Leone Ltd. (SAC), une filiale de Socfin, en Sierra Leone, qui mettait en lumière l’absence de compensation adéquate, la corruption et les pressions exercées sur les propriétaires terriens et les chefs afin qu’ils signent des accords pour céder leurs terres.

 La filiale sierra-léonaise de Socfin a répondu aux accusations de Green Scenery en intentant des poursuites pour diffamation contre l'ONG et son directeur exécutif, Joseph Rahall. La société demande à un tribunal sierra-léonais d’ordonner à l'ONG de présenter des excuses, de verser des dommages et intérêts et de mettre fin à la diffusion d'informations que la société jugerait diffamatoires.

«Pourtant, le rapport de Green Scenery est en cohérence avec les plaintes officielles déposées par les communautés locales, opposées à l’appropriation de leurs terres et à la destruction de leurs cultures et leurs forêts par SOCFIN. En décembre 2012, 101 membres des familles de propriétaires terriens de 36 villages du district ont appelé la Commission Nationale des Droits de l'Homme, les organisations de la société civile et les Nations Unies à soutenir leur lutte contre la société », précisent les douze ONG dans leur communiqué.

Et d’ajouter : « ces allégations ont également été corroborées par des évaluations indépendantes menées sur le terrain par plusieurs organisations internationales, notamment l'Oakland Institute en février 2012 et Welthungerhilfe en mai 2012 ».

Pour Frédéric Mousseau de l'Oakland Institute, «Bolloré et Fabri utilisent un procès en diffamation pour museler l’opposition locale et intimider une ONG dont le seul crime est de défendre les droits d’agriculteurs locaux dont les terres sont accaparées

«Des pratiques similaires par des filiales de la SOCFIN ont été signalées ces dernières années au Cambodge, au Cameroun et au Libéria, où Bolloré, ou bien SOCFIN, ont utilisé la menace de poursuites judiciaires contre les ONG et les médias pour faire taire les critiques», renchérit  de son côté Devlin Kuyek de l’ONG Grain.

« En tant qu’organisations engagées dans la défense des droits humains fondamentaux et la promotion de l’agriculture durable, nous sommes très préoccupées, tant par la menace que constitue le projet de SOCFIN pour les agriculteurs de la Sierra Leone que par les manœuvres d'intimidation contre le travail des organisations indépendantes de la société civile et contre la démocratie. C’est pourquoi nous tenons à exprimer notre solidarité avec Green Scenery », précisent les ONG.